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Littérature francophone
Roman de ronce et d'épine - Lucie BARATTE

Il était une fois, deux soeurs jumelles qui vivaient dans un château perdu entouré d'une forêt mystérieuse...
Elles sont les deux seules enfants vivantes d'une mère effacée, épuisée par les accouchements successifs dont aucun n'aura été couronné par la mise au monde d'un héritier mâle. Leur père ne pense qu'à son bon plaisir : la chasse. Il est déçu de ne pas avoir de fils à qui transmettre cette passion. Toujours est-il que, sur l'insistance entêtée d'Epine, et malgré le peu de considération qu'il porte aux femmes en général et à sa descendance en particulier, il accepte de l'initier et il est quelque peu surpris par l'obstination de cette enfant au point par moment, d'oublier qu'elle n'est qu'une fille et qu'elle ne lui succèdera pas.
Au chateau, Ronce s'adonne à sa passion : la broderie. Ce qui n'était qu'un passe-temps devient peu à peu son seul refuge et ses créations prennent de plus en plus d'ampleur et de valeur et de pouvoir.
Si le roman de Lucie Baratte emprunte la forme du conte initiatique, c'est pour mieux nous entraîner dans l'univers de ces deux jeunes femmes qui luttent pour changer le destin auquel elles sont promises. Le Moyen Âge fantastique offre un cadre féérique bien qu'oppressant aux épreuves que Ronce et Epine vont devoir affronter comme un écho aux difficultés que chacun-e d'entre nous peut rencontrer dans les méandres complexes des relations familiales.
Ce roman est un bijou d'imagination écrit dans une langue d'une force évocatrice peu commune et d'une poésie envoûtante oscillant entre cruauté et tendresse, enjôlant comme cette forêt à la fois refuge et piège.
Points – 8.40 euros
Format poche à paraître le 18 septembre 2026
Lu et conseillé par Valérie
Après - Raphaël MELTZ

Roman court mais au contenu intense. Maintes fois abordé, que se passe-t-il à la disparition d’un être ? Du côté de vivants, on assiste à la fameuse période de deuil, avec ses étapes, ses passages à vide, ses rechutes. Mais quand on se place du côté du défunt, que peut on ressentir et percevoir sur la minute, l’heure, la semaine, le mois, l’année, et toute la vie de ceux qui restent ?
Dans Après, le narrateur est justement celui qui vient de disparaître et dont on va voir la famille évoluer après son décès. Il va donc nous emmener vers les grandes réflexions sur le deuil mais aussi sur le quotidien, celui qui reste, celui qui est imposé aux vivants et qui prend une teinte particulière vue de l’autre côté.
Un roman aux phrases courtes et simples, sans jérémiade ni apitoiement. La réalité brute traitée de manière sensible et humaine sur la souffrance et le temps qui s'écoule : « ça ne passe pas, ça s'espace ».
Le Tripode, coll. Météores – 9 euros
Format poche à paraître le 3 septembre 2026
Lu et conseillé par David
Entre toutes - Franck BOUYSSE

Franck Bouysse nous offre avec ce roman le plus bel hommage qu'on puisse faire aux femmes, celles des campagnes, celles qui, attachées viscéralement à la terre qui leur assure subsistance et indépendance, ont, jour après jour, sans faillir, entretenu la vie autour d'elles.
Ce roman, c'est celui de Marie, la grand-mère de l'auteur, née en 1912 dans une petite ferme en Corrèze. C'est une traversée du siècle auprès d'un cœur simple. Une vie entre toutes au rythme des saisons et malheureusement des guerres qui effacent les hommes du paysage. Loin de l'enquête familiale ou du tombeau littéraire, le récit rend compte de l'atmosphère d'une époque, des bouleversements liés aux ravages de la Première Guerre mondiale, l'effroi de la Seconde puis la modernisation de l'agriculture. Marie, dure à la tâche, n'a pas le temps de se poser la question du bonheur : elle vit jour après jour à travers les joies et les peines.
Ce livre est un instant de grâce.
Le Livre de Poche - 8.90 euros
Format poche paru le 19 août 2026
Lu et conseillé par Valérie
La guerre par d'autres moyens - Karine TUIL

Un ancien président de la République a bien des difficultés pour s’adapter à sa nouvelle vie, dans laquelle l’exercice du pouvoir et de tout ce qui le compose s’éloigne de plus en plus. Pourtant, à plus de soixante ans, il pourrait être bien occupé en étant à la fois grand père et père d’une jeune fille de trois ans qu’il a eu avec sa femme, de vingt ans sa cadette, épousée au début de son quinquennat et pour laquelle il a tout quitté. Finalement, il semble ne trouver le salut que par sa consommation de plus en plus déraisonnable d’alcool. Son épouse n’est pas au mieux non plus, le voyant de plus en plus s’enliser, alors que pour elle non plus la situation n’est pas des plus simple. Elle a vu sa carrière d’actrice s’arrêter du jour au lendemain lorsqu’elle a épousé le président et depuis, rien. Mais une opportunité à ne pas manquer se présente : un réalisateur lui propose le rôle principal dans un film sur la violence faite aux femmes. Deux petits bémols tout de même : le susdit réalisateur est connu pour ne pas être très tendre lors de ses tournages et le film qu’il souhaite réaliser est tiré d’un roman…écrit par la première femme du président. Autant dire que le retour dans la lumière ne va peut-être pas être si idyllique, pour un peu qu’elle tombe sous le charme du réalisateur en question…
Présenté ainsi, « La guerre par d’autres moyens » peut paraître prévisible, tant les situations et les personnages peuvent paraître quelque peu « cliché ». Cependant, l’autrice parvient à consolider son histoire en traitant de belle manière un trait commun de la plupart de ses personnages : leur mal-être. En effet, chacun est plus ou moins enfermé dans une bulle, comme plombé que ce soit par le sentiment de ne plus être utile, celui de ne plus exister dans le regard des autres ou tout simplement de ne pas être au bon endroit au bon moment. A noter également que le sujet de la violence à l’encontre des femmes, qu’elle soit physique ou morale, est traité avec tact, sans enfoncer les portes ouvertes.
Enfin, il est toujours plaisant dans ce genre de titre de s’amuser à imaginer ou découvrir celles et ceux qui ont pu inspirer l’autrice, sachant que toute ressemblance n’est pas forcément fortuite…
Gallimard, coll. Folio – 10 euros
Format poche paru le 13 août 2026
Lu et conseillé par David
La nuit ravagée - Jean-Baptiste DEL AMO

Fans de Stephen King ou de Lovecraft, le nouveau livre de JB Del Amo est pour vous.
Rendant hommage au roman horrifique, l'auteur nous plonge dans les années 90, au coeur d'une paisible bourgade, Saint-Auch, parmi les rêves et les désillusions d'une classe sociale confrontée à la dureté d'une vie plus subie que choisie, dans un quotidien déprimant de pavillons mal isolés, dont les façades se dégradent autant que les vies de leurs habitants.
Ça se passe dans la banlieue de Toulouse et pas dans le Maine mais pour la bande d'ados du quartier, la maison abandonnée au fond d'une impasse telle une bête tapie dans l'ombre attendant sa proie, l'attraction est trop forte. Cette maison envahie peu à peu leurs songes et leurs pensées et quand un de leur camarade se suicide de façon mystérieuse peu de temps semble-t-il après en avoir franchi le seuil, le mystère devient irrésitible.
Personne n'a l'air de savoir ce qui a pu s'y passer ni qui étaient les derniers propriétaires. Dans ce lotissement ordinaire, les gens ordinaires s'occupent de leurs affaires, pas de celles des voisins. Et derrière les murs des villas les drames ordinaires surviennent sans bouleverser le quotidien mais rendant l'atmosphère pesante : accident, maladie, suicide, si les adultes poursuivent leurs vies, les ados ressentent ces dangers avec l'incrédulité de la jeunesse face à la mort.
Evidemment, on ne vous dira pas ce qui arrive à qui entre dans cette maison, mais ces ados vont se trouver confrontés à un terrible dilemme : quels mensonges, quels reniements vont-ils devoir accepter pour protéger leur secret ?
Gallimard, coll. Folio - 10,50 euros
Format poche paru le 13 août 2026
Lu et conseillé par Valérie
Peau-de-sang - Audrée WILHELMY

« aux voix tues
aux incanteresses
aux flammes à bûcher »
Audrée Wilhelmy est une sorcière comme les autres selon les paroles de la chanson d'Anne Sylvestre. (si vous ne la connaissez pas, sachez que cette chanteuse québécoise n'a pas écrit que des chansons pour enfants et que les paroles de celle-ci sont à découvrir absolument!). Elle exhorte les hommes à être comme le duvet, comme la plume d'oie des oreillers.
Et l'héroïne du nouveau roman de la talentueuse autrice de "Blanc résine", est plumassière. Elle est cette femme seule dans une ville isolée par le froid et les forêts, une ville qui survit du travail des ouvrières dans les filatures et des hommes aux champs. Elle est cette femme différente que les autres viennent trouver en recherche de réponses à leurs maux, à leurs langueurs, aux interrogations des jeunes filles et de leurs désirs.
Une femme qui fait commerce de plumes d'oies et aussi de son corps. Elle connaît les hommes de Kangoq, elle sait ce qui les ronge, elle est au courant des tourments des uns et des autres. Elle est à sa place dans cette ville, dans une ruelle du Bas-Kangoq, même si elle sait qu'elle n'appartient pas à la communauté et que ses activités dérangent les bien-pensants. Elle accepte et accueille sa solitude car c'est ce qui lui donne une liberté sans limite, un temps de réflexion et de création sans entrave. Peau-de-Sang, la plumeuse d'oies, a des mains magiciennes qui soignent, des mots mesurés qui éclairent, des silences qui apaisent. Mais elle attise la convoitise et la jalousie, car pas un ne pourra la posséder : elle décide, elle vit comme elle l'entend, elle jouit librement des hommes qu'elle accueille.
Voilà le roman le plus fascinant de cette rentrée littéraire et à coup sûr, la création la plus exceptionnelle de cette autrice qui explore un univers sensoriel unique.
Tenez-vous prêt-e à une expérience de lecture d'une force incroyable où la violence et la cruauté côtoient la bienveillance et la poésie. C'est une déferlante de voix féminines, d'incantations et de ritournelles s'unissant pour dresser le portrait d'une femme puissante. L'inventivité du langage, la musicalité du style et la dimension organique de l'écriture nous plonge dans une sorte de transe : qu'il s'agisse de ressentir la douceur des étoffes, la chaleur du sang qui coule, les parfums des herbes à tisanes, chaque mot, chaque phrase (sans majuscule, sans point, hors du temps) tisse patiemment le récit. L'autrice est une artisane, elle nous prend en otage dans ce filet brodé d'os et de plumes , elle nous envoûte et nous laisse assister, témoin impuissant, au drame annoncé dès le premier chapitre.
Le Tripode, coll. Météores - 9 euros
Format poche paru le 4 juin 2026
Lu et conseillé par Valérie
L'âge du capitaine - Isabelle AUPY

Le quatrième roman d'Isabelle Aupy nous embarque sur un bateau en bien mauvais état. Maurice intègre l'une des équipes qui s'efforce, tant bien que mal, de maintenir l'épave dans un état qui lui permette coûte que coûte d'avancer et, en cela, de continuer à servir les plans du Capitaine. Qui, sans vouloir se montrer impoli, est bien trop jeune pour mener cette barque.
Une fois à bord, Maurice devient Momo pour l'équipe qui l'accueille : il sort de l'école avec la certitude de ceux qui savent. Il va devoir pourtant apprendre, car en fait, il ne sait rien : il ne connaît pas le fonctionnement d'une si grosse machinerie, ses cours théoriques ne lui donnent aucune clé. Son premier apprentissage va être de se faire petit et d'observer, d'apprendre qui est qui et qui fait quoi. Qui va t-on chercher quand telle pièce dysfonctionne, qui remplace l'un quand l'un est aller aider ailleurs parce que les bras manquent, qui réconforte, soutient quand le moral s'effondre?
Et voici le jeune Capitaine, celui qu'on ne voit presque jamais mais qui a la science infuse de la marche du bateau et il va redresser la barre, quoi qu'il en coûte, car son honneur est en jeu et ce ne sont pas quelques vieux de la vieille qui vont lui apprendre à diriger tout ça. Faisons des économies, débarrassons-nous des inutiles, faisons régner la discorde (pour mieux régner) et intégrons de jeunes diplômés aux immenses savoirs techniques l'un au-dessus de l'autre de sorte que personne n'est plus responsable de rien...
Avec beaucoup d'humour et des mots qui sonnent tellement juste, l'autrice s'attaque aux absurdités du monde du travail et du management...jusqu'au sommet de l'état. Le culte de la performance pousse les dirigeants à ne plus considérer les humains que comme des chiffres, oubliant à quel point les relations complexes qui les unissent, les temps de discussion, de partage, le goût de l'effort envers la société sont autant de piliers permettant à chacun de trouver une place et une raison d'aider son prochain ...
Une fable moderne comme un avertissement pour faire face aux enjeux de notre monde : on se souvient des concerts d'applaudissements pour les soignants pendant une période si difficile; qu'ont-ils réellement reçu en retour de leurs sacrifices? Que deviendrons-nous si nous oublions notre humanité pour des questions de profits ?
Folio – 7,60 euros
Paru le 28 mai 2026
Lu et conseillé par Valérie
La vie meilleure - Etienne KERN

Pour celles et ceux qui ont aimé Les envolés (prix Goncourt du premier roman 2022), vous ne serez pas déçus.es par le nouveau roman d'Etienne Kern. On y retrouve cette écriture sensible et ce ton sincère et personnel.
L'auteur nous fait découvrir un obscur pharmacien, Emile Coué, devenu célèbre grâce à sa méthode d'auto-persuasion : la maîtrise de soi-même par l'autosuggestion consciente.
Si aujourd'hui son nom prête à sourire, il a pourtant été acclamé par les foules, salué comme un des plus grands hommes de son temps. Il a été accueilli en héros au Etats-Unis, comme le grand découvreur de la clé de la santé et du bonheur.
Mais qui était vraiment ce précursseur du développement personnel? Etienne Kern part à la recherche de ce modeste personnage qui croyait sincèrement que les mots et la force de la persuasion avaient un rôle à jouer dans le maintien d'un corps en bonne santé.
Mêlant réflexions personnelles et documentation historique, Etienne Kern nous fait entrer dans la vie extraordinnaire d'un homme ordinaire, d'un homme généreux qui lui, n'aura pas toujours été heureux...
Folio - 8,60 euros
Format poche paru le 21 mai 2026
Lu et conseillé par Valérie
Le Secret des mères - Sophie DE BAERE

Le bandeau de couverture du nouveau roman de Sophie de Baere, une photo d'enfant sur les genoux d'une femme dont le visage a été déchiré, ne cache pas que le thème abordé sera la filiation. Et effectivement, quand Colette revient dans le Morvan qui l'a vu naître après de nombreuses années d'absence, elle a bien l'intention de lever le voile sur une histoire familiale compliquée et tabou.
Mais, comme souvent, la vérité va bien plus loin que ce que Colette pouvait imaginer. La France rurale d'après guerre jusqu'à la fin des années 60 n'était pas un lieu d'épanouissement pour les femmes : soumises aux diktats du chef de famille, aux regards malveillants des villageois qui, par le qu'en dira-t-on, imposent aux filles leur conduite en validant ou non leurs amours, elles doivent faire preuve d'un courage et d'une volonté surhumaine quand leurs choix s'avèrent non conformes à la bienséance. Les maisons maternelles pour "filles-mères" sont là pour leur rappeler qu'elles ne disposent pas de leurs corps. Malgré les carcans, les passions éclosent et le vent de la révolte souffle pour Marthe, Colette et les autres. L'histoire des femmes n'a jamais été de tout repos !
Un roman touchant et sensible sur une époque pas si lointaine pendant laquelle les femmes étaient encore bien souvent réduites au silence. Silence qui par ricochet a franchi les générations et connaît encore aujourd'hui des répercussions douloureuses.
Le Livre de Poche – 9.40 euros
Format poche paru le 13 mai 2026
Lu et conseillé par Valérie
Alors c'est bien - Clémentine MÉLOIS

« Juin 2023, Bernard Mélois, artiste sculpteur, décède »
C'est beau comme une chanson de Bourvil (« La tendresse » peut être), comme une vieille plaque émaillée, c'est sur son papa artiste, sur le paradis perdu de l'enfance dont elle a gardé la clé.
Folio - 8.60 euros
Format poche paru le 9 avril 2026
Lu et conseillé par Alexandre
Un avenir radieux - Pierre LEMAITRE

Série : Les Années glorieuses
Voici le troisième tome de la série familiale de Pierre Lemaitre qui va nous faire de nouveau voyager. Après Saigon dans « Le grand Monde » nous allons visiter, dans une bonne partie du roman, la ville de Prague, en pleine période de guerre Froide, ce qui laisse augurer quelques sueurs du même type. Pas de surprise, la famille Pelletier va donc connaître de nouvelles aventures mouvementées qui vont nous pousser à tourner les pages encore et encore.
Et tout le monde est là. Que ce soit du côté des patriarches de la famille, Louis et Angèle qui rentrés en métropole endossent le rôle de grands-parents que l’âge commence à titiller. Bien entendu, l’inénarrable Geneviève leur belle fille est toujours de la partie avec Bouboule qui va peut-être voir sa carrière décoller (enfin). C’est François surtout qui va devenir le personnage central de ce nouveau titre, qui flirt avec le roman d’espionnage, la période (fin des années 50) étant propice à la lutte des idées entre le bloc communiste à l’ouverture au monde plus que limité et l’occident qui commence tout juste à se vautrer dans la consommation débridée de la période des trente glorieuses.
Un avenir radieux est très certainement le tome de la série le plus orienté sur l’action, tout en continuant à développer une approche psychologique forte. Le personnage de Colette par exemple, fille souffre-douleur de Jean et surtout de Geneviève, apporte une approche et des réflexions très actuelles sur la condition féminine et son émancipation qui n’en est qu’à son balbutiement.
Un roman attendu, dans lequel il est agréable de plonger, pour y retrouver comme des vieux amis qu’on aurait perdu de vue, et qui nous reviennent comme si on ne les avait jamais quittés, tant le talent de Pierre Lemaitre à créer des personnages attachants, malgré les côtés plus que repoussant de certains, est grand.
Le Livre de Poche – 10.90 euros
Format poche paru le 8 avril 2026
Lu et conseillé par David
L'Avion, Poutine, L'Amérique... et moi - Marc DUGAIN

Bien que la mention « roman » apparaisse sur la couverture, il ne faut pas s’y tromper : on peut considérer le dernier titre de Marc Dugain comme une autobiographie déguisée, ou tout du moins contenant une inspiration provenant à très haute dose de sa propre vie. Ainsi, le narrateur, nous présente son parcours, et tout commence dans sa jeunesse et son premier emploi en France où il se fait repérer par une entreprise américaine. Son objectif est alors de faire très rapidement le plus d’argent possible, se mettre à l’abri financièrement et vivre une existence plus artistique. Ce qui tombe plutôt bien. Les années 80 sont la période de l’après-guerre où les fortunes se font (et défont) rapidement tant l’ogre capitalisme ne paraît connaître aucune limite à son appétit. Sur place, au cœur du réacteur à New York, il va faire sa vie, avoir des enfants, affronter un drame mais aussi rencontrer Julia, qui va devenir sa maîtresse. Elle est l’archétype de l’executive-woman décomplexée, arriviste et prête à tout pour le pouvoir, la reconnaissance. Proche des services secrets, elle sera un appui pour le narrateur qui reprendra la direction de l’Europe. Il se lancera dans le milieu de l’aviation, il y côtoiera de gros poissons. Ce sera notamment un dénommé Pavel, un oligarque qui va voir la chute du mur de Berlin venir bouleverser ses affaires et mettre sur son chemin un certain Vladimir Poutine. Par la suite, le narrateur va devenir auteur à succès (tiens, tiens…) et va s’intéresser à deux sujets très sensibles du dernier quart de siècle : le naufrage du sous-marin Koursk et la disparition du vol de la Malaysia Airlines…
Après réflexion, le terme de roman s’applique plutôt bien à cette histoire que nous raconte Marc Dugain, tant les faits et les éléments rapportés semblent sortis d’une imagination débordante…et pourtant lorsqu’on rapproche la chronologie du narrateur à celle de l’auteur, les similitudes sont plus que troublantes. Un auteur qui nous dépeint à merveille les mondes cachés, les eaux troubles de la politique, de la finance, des affaires, un univers qui peut coûter très cher également comme l’atteste les menaces que Marc Dugain a reçu lorsqu’il s’est intéressé à des sujets trop brûlants…un roman ? Vraiment ?
Le Livre de Poche – 9.40 euros
Format poche paru le 1er avril 2026
Lu et conseillé par David
Hotel Roma - Pierre ADRIAN

Dans la lignée du titre « Le Magicien » de Colm Toibin, sur l’auteur Thomas Mann, Pierre Adrian s’intéresse à l’auteur Italien Cesare Pavese et plus particulièrement à la date du 27 août 1950 : le jour où il s’est suicidé dans une chambre de l’hotel Roma à Turin. Écrivain et poète, il est notamment l’auteur de « Travailler fatigue », « La lune et les feux » et à titre posthume « Le métier de vivre ». Pierre Adrian s’appuie sur une histoire d’amour (autobiographique ?) entre le narrateur vivant à Rome et son amie vivant elle en France et qui se retrouve à Turin, pour explorer les derniers jours de l’auteur.
L’intérêt d’Hotel Roma vient surtout du fait qu’il est ponctué de citations de l’auteur, qui révèlent un véritable sens de la formule : « On dit que la jeunesse est l’âge de l’espoir, justement parce que, quand on est jeune, on espère confusément quelque chose des autres. On cesse d’être jeune quand on distingue entre soi et les autres ; c’est-à-dire quand on a plus besoin de leur compagnie » ; « Nous sommes au monde pour transformer le destin en liberté (et la nature en causalité) ». Pavese était en effet un fin lettré, qui a assuré la traduction en italien d’auteurs tels de Melville, Faulkner, Defoe ou Joyce. Tenant un journal intime, il était « habité » par l’idée du suicide depuis ses quinze ans. On peut trouver une certaine similitude avec Stig Dagerman, connu pour son titre « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », qui contrairement à Cioran qui avait fait du désespoir son fond de commerce sans pour autant commettre lui-même l’irréparable, auront été jusqu’au bout de leurs idées.
Un roman au sujet délicat, traité avec un œil bienveillant, une balade dans les lieux que Pavese aimait ou non, ses lieux de prédilection, mais aussi un écrit dans lequel on ressent le respect pour un auteur qui « a cherché dans sa vie et dans ses livres de quoi nous apprendre, malgré tout, le douloureux métier de vivre ».
Folio – 8.10 euros
Format poche paru le 19 mars 2026
Lu et conseillé par David
Les Derniers sur la liste - Grégory CINGAL

La fin de la guerre approche, nous sommes en septembre 1944. Au camp de Buchenwald, trois officiers du renseignement allié attendent leur exécution. Plusieurs de leurs camarades ont déjà péri dans des conditions atroces. Mais eux, sont les derniers sur la liste. Il s'agit du commandant Forest Yeo-Thomas, du capitaine Harry Peulevé et du lieutenant Stéphane Hessel.
Dans le camp, diverses organisations se côtoient, chacune cherchant à se protéger quitte à frapper les plus faibles : la survie pousse certains à des extrêmités qui les font sortir du cercle des humains. Cependant, les allemands sentant le vent tourner, commencent à prendre des risques, estimant leurs chances d'être "blanchis" de leurs crimes en aidant des gradés ennemis. C'est le cas du responsable du Block 46 : un médecin raté aux ambitions démesurées. Il rêve de gloire et de laisser son nom à la postérité pour avoir découvert un vaccin contre le typhus. Et il possède un trésor dans ce camp : des cobayes humains en quantité illimitée. Les expériences infernales se multiplient mais quand le compte à rebours commence pour nos trois héros, la résistance clandestine du camp tente un coup de poker : échanger les identités des trois gradés contre trois cobayes décédés. Le pari est osé et les "morts de rechange" ne sont pas si facilement compatibles avec le plan.
Ce livre est le roman vrai d'une mission de sauvetage aussi désespérée que spectaculaire. L'auteur nous tient en haleine et nous glace tour à tour tout au long de ces journées d'angoisse, d'attente, de souffrance psychologiques et physiques. Un espoir fou soutenait ces hommes même s'ils acceptaient la mort comme une fin honorable, à condition d'avoir tout tenté. Ils auraient pu, par moment, l'accueillir tant l'épuisement et l'incertitude étaient grands, mais toujours ils se sont soutenus, encouragés. Ils ont été au-delà de ce que l'âme et le corps sont humainement capables de surmonter.
Grégory Cingal nous plonge dans l'univers concentrationnaire dont on oublie qu'il a été le lieu de luttes de pouvoir entre triangles rouges et triangles verts, médecins SS et dirigeants corrompus. Le style à la fois précis et hautement romanesque fait de ce texte un exploit à la hauteur de la bravoure des hommes qui n'ont eu de cesse de croire en la victoire de la résistance contre les ténèbres. Un livre impossible à reposer dès lors qu'on le commence et qui marquera sans aucun doute la littérature consacrée à cette période.
Le Livre de Poche - 8.90 euros
Format poche paru le 11 mars 2026
Lu et conseillé par Valérie
Pour Britney - Louise CHENNEVIÈRE

À huit ans, la petite Louise a un projet : devenir Britney Spears. Elle tapisse les murs de sa chambre de posters de la star, répète ses chorégraphies à l'infini, chantonne ses paroles à longueur de journées. Il lui semble que cette jeune femme a réalisé son rêve: elle est devenue une idole, et surtout, elle habite son corps de façon joyeuse, son sourire éclatant en témoigne.
Avec l'adolescence, et la prise de conscience très brutale que les regards masculins sur son corps de petite fille ont changé, elle tourne le dos à la chanteuse, se moque même de ses excès. Elle cherche sa place dans le monde qui l'entoure, comprend sans comprendre vraiment que mettre du rouge à lèvres rouge, c'est provocant, ça fait p*** dixit son père qui lui balance une baffe histoire qu'elle intègre bien que son apparence parle pour elle et que ce corps ne lui appartient apparemment pas. Elle apprend à cacher, pleure quand filles ou garçons parlent de la poitrine parfaite d'une autre, devinant l'énergie qu'il faudra déployer pour ressembler à l'image qu'ont forgée des siècles d'appropriation des corps féminins par le patriarcat.
L'autre figure que l'autrice évoque est celle d'une autre femme écrivaine, victime oubliée de cette course à la perfection, dans ce désir de coller aux fantasmes masculins: Nelly Arcan. Elle n'aura pas la force, contrairement à Britney, de continuer à vivre.
Louise Chennevière interroge ses souvenirs et la façon dont sa personnalité, la perception qu'elle a de son propre corps a été façonnée par ces regards et ces remarques : tellement intégrés, que sa propre façon de penser est déformée.
Ce livre n'est pas une biographie de Britney Spears, ce n'est pas un livre sur les conséquences de la célébrité, c'est un plaidoyer, un appel à déconstruire la façon dont on envisage les filles et leur avenir de femmes en tant qu'êtres humains et non en tant qu'objets sexuels.
Il faut lire ce court roman et le faire circuler !
Folio - 8.10 euros
Format poche paru le 5 février 2026
Lu et conseillé par Valérie
« Vous êtes l'amour malheureux du Führer » - Jean-Noël ORENGO

Les biographies sur Albert Speer, l'architecte favori d'Hitler, sont nombreuses : elles se basent essentiellement sur ses Mémoires publiés en 1969 après sa sortie de prison. Il a été un des rares, si ce n'est le seul, du cercle proche du Führer qui ait échappé à la peine de mort. Qui était cet homme et comment est née dans son esprit, cette notion de culpabilité collective et d'innocence individuelle sur laquelle il a basé sa défense ? Jean-Noël Orengo pose la question: comment écrire sur un homme qui a rendu la fiction plus séduisante que la vérité ?
L'auteur va revenir aux sources de la rencontre entre celui qui se destinait à créer un empire de 1000 ans et l'architecte qui allait rendre réels les monuments à la gloire du Reich. Une rencontre qu'on pourrait qualifier de coup de foudre : chacun cherchant l'approbation, la compagnie de l'autre dans une recherche artistique et surtout scénaristique qui les conduira à la folie. Speer est par exemple, à l'origine d'un « décret » qui d'une part lui permet d'harmoniser tout se qui doit se construire en Allemagne et d'une obligation de réflexion sur la beauté des ruines que seront ces mêmes bâtiments dans mille ans. Une vision romantique de la grande Allemagne qui va se heurter aux nécessités de la guerre, de cette guerre totale voulue par un petit groupe d'hommes souhaitant plaire à leur chef au-delà de toute logique.
C'est une plongée inédite dans les méandres de la conscience d'un homme qui aura su enjôler ses juges, faire douter ses biographes et les gens qui l'auront côtoyé jusqu'à la fin de sa vie en 1981. Car il a menti, cela a été démontré.
À l'heure des fake news, l'auteur nous averti : les derniers témoins de cette époque sont en train de disparaître, il ne restera bientôt plus que les récits. Mais qui raconte quoi, de quel point de vue ? La guerre des récits est elle aussi, totale. Les Mémoires de Speer ont été un énorme succès: tous les films et beaucoup d'essais se basent sur ce témoignage d'un homme qui a servi le Diable en personne : il l'a écrit, c'est donc vrai ! Ou pas !
Nous essayons d'oublier le IIIème Reich, « pfff encore un livre sur la guerre, encore un essai sur les camps, on ne se cache même plus pour dire : il y en a marre, passons à autre chose. » Mais toujours il se rappelle à nous: s'il a « perdu la guerre des armes, il a gagné la guerre des signes. Et le conflit continue sur le plan moral et artistique, une guerre totale interminable. »
Alors ne regardons pas ailleurs, Speer ne sera pas oublié contrairement aux millions de victimes qui, pour la plupart, resteront à jamais anonymes.
Le Livre de Poche – 8.70 euros
Format poche paru le 4 février 2026
Lu et conseillé par Valérie
Mesopotamia - Olivier GUEZ

Après s’être intéressé au parcours du nazi Josef Mengele, Olivier Guez nous fait (re) découvrir un personnage central dans la diplomatie britannique du tout début du 20ème siècle, également espionne et grande archéologue, Gertrude Bell. Issue de la haute bourgeoisie, cette dernière fut rapidement attirée par le Moyen Orient et s’est découvert une passion pour une culture, des rites bien éloignés de son milieu de naissance. Plutôt très brillante, elle a donc été tout naturellement approchée et missionnée pour la grandeur du Royaume-Uni.
Ainsi, par le biais d’allers-retours dans le temps, Olivier Guez nous dessine une femme, reconnaissons le assez antipathique ou tout du moins à laquelle on ne s’attache pas vraiment mais l’intérêt manifeste de ce roman peut être vu différemment. Il s’agit de mieux comprendre les grandes manœuvres réalisées au début du 20ème siècle par les nations européennes pour obtenir une relation privilégiée avec les pays du Moyen Orient, et notamment un pays appelé Irak, et comprendre tout ce qui a pu en découler par la suite. L’or noir était d’une importance déjà incontournable au moment de la première guerre mondiale et son utilisation, en lieu et place de la vapeur, pouvait assurer de maintenir la domination britannique sur les mers et plus généralement dans les rapports commerciaux de l’époque. Il était donc primordial d’avoir sur place des personnes de confiance, mais le modèle qui avait si bien fait ses preuves en Indes ou dans l’Empire, ne fonctionna pas aussi bien et le Royaume-Unis ne sorti pas totalement vainqueur de ses grandes manœuvres, officielles et officieuses.
Le roman remet donc au premier plan le rôle joué par Gertrude Bell dans cette approche géostratégique, une femme qui s’est fait voler la vedette dans l’imaginaire collectif par un certain Thomas Edward Lawrence mieux connu sous le nom de Lawrence d’Arabie qui, il est vrai, a eu le droit aux honneurs du grand écran pour établir sa légende. Gertrude était une personne peut être plus austère, traumatisée par la perte de sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant, une personnalité complexe tissant une relation fusionnelle avec son père mais ne parvenant pas à s’attacher à un homme ou tout du moins à quelqu’un qui ne soit pas déjà marié ou non issue de sa classe sociale. Pourtant de par son professionnalisme, son implication et son absence d’état d’âme, elle fit beaucoup pour son pays…qui ne lui reconnu le talent bien entendu et comme souvent, qu’une fois défuntée.
Un roman qui peut se lire comme un récit historique et qui permet de mieux comprendre toutes les subtilités de la géopolitique, la quasi impossibilité de mettre au pas le Moyen Orient, une région à l’instabilité politique chronique et sur laquelle il est bien difficile d’interférer sans se bruler les ailes.
Le Livre de Poche - 9.20 euros
Format poche paru le 28 janvier 2026
Lu et conseillé par David
Amiante - Sébastien DULUDE

Sébastien Dulude, auteur Québécois, nous propose un récit de jeunesse (non autobiographique bien qu’influencé par sa propre expérience) pour son premier roman.
Dans une petite ville de « La belle province », au cœur des années 80, Steve et son ami « Petit Poulin », tous deux âgés d’une dizaine d’années, s’adonnent à ce que fait la majorité de la jeunesse de cette époque : regarder « Les Mystérieuses Cités d’Or » à la télévision, construire des cabanes dans les arbres, lire les aventures de Tintin, commencer à trembler devant Freddy Les Griffes de la nuit lorsqu’on a la chance d’avoir des parents permissifs qui autorisent de regarder la télévision le soir. C’est aussi la période où on commet des petites bêtises, qui semblent passibles de l’incarcération pour les principaux protagonistes.
Pourtant, derrière cette vie paisible des plus classique, Steve doit se construire au sein d’un foyer bancale. Son grand frère, beaucoup plus âgé est parti s’installer avec sa cheum, il ne reste donc plus que lui à la maison. Sa mère est plus un fantôme qu’une véritable mère, passant sa vie à contretemps, atteinte de mystérieux maux de tête qui l’empêchent même de sortir de chez elle et lui interdisent toute interaction sociale.
Son père travaille dans une mine dont la pérennité est loin d’être assurée, il alterne les journées (ou nuits) abrutissantes et ne rechigne pas à appliquer des corrections, bien entendu pour son bien, à Steve et ce pour la moindre contrariété. Steve grandit donc dans cet univers qui souffle le chaud et le froid et envie parfois son ami, son seul ami, Petit Poulin qui a une famille plus « saine » que la sienne. A la sortie de l’enfance et au seuil de l’adolescence, des évènements vont pousser Steve à devoir grandir plus vite qu’il ne l’imaginait. Et Steve va se perdre.
Amiante c’est le récit d’une époque révolue, sans réseaux sociaux, sans internet, mais avec des problématiques qui perdurent comme l’effondrement industriel, la prise en charge de la détresse mentale, la capacité à faire sa place au soleil en subissant l’entourage, les pressions sociétales, la solitude.
Avec un style très agréable et un petit côté « exotique » amené par les expressions québécoises au charme imagé certain, Amiante n’est pas seulement un texte sur la recherche du paradis perdu de l’enfance. C’est aussi une réflexion sur la construction mentale d’un être encore en pleine croissance, pas uniquement physique mais surtout mentale et émotionnelle. Une quête rendue difficile par les « accidents de vie », les péripéties qui viennent fragiliser des bases qui ne sont déjà pas des plus solides.
Un livre sur le doute, sur le rapport à l’autre, sur le jugement, sur la douleur.
‘Je ne déteste personne d’avantage que moi-même. Ça ne m’a jamais quitté, ça ne s’évanouira jamais, ça ne se défoule pas ».
J'ai Lu - 7.90 euros
Format poche paru le 21 janvier 2026
Lu et conseillé par David
L'Ardente et très secrète Miles Franklin - Alexandra LAPIERRE

Australie, 1901 : Miles Franklin, vingt ans, fille de fermiers du bush, parvient contre vents et marées à faire publier son premier roman, un texte remarquable d’insolence et de fougue, qui connaît un immense succès dans le monde anglo-saxon. Alors qu’elle cherche à garder l’anonymat sous un pseudonyme masculin, son identité est révélée et les préjugés misogynes de son époque la heurtent au plus profond.
C’est seule et sans le sou qu’elle s’embarque pour l’Amérique, où l’attend une vie de luttes au service des plus faibles et d’engagements féministes. Elle y noue mille amitiés avec des personnalités d’une stupéfiante modernité, et des amours tourmentés.
Mais jamais Miles Franklin n’abandonne sa passion d’écrire ni ne renonce à ses rêves.
Folle d’une liberté durement conquise, guidée par sa générosité et son sens de l’humour, elle connaîtra de multiples aventures à travers l’Europe, avant de retrouver sa terre natale et de tenir une formidable revanche, en jouant un dernier tour aux critiques qui disaient sa verve tarie et son génie disparu.
Miles Franklin est aujourd’hui l’écrivaine la plus célèbre des Antipodes. Durant ses quatre ans d’enquête, Alexandra Lapierre l’a suivie sur tous les théâtres de son exceptionnel destin.
Pocket – 10.70 euros
Format poche paru le 8 janvier 2026
Lu et conseillé par Valérie
Patronyme - Vanessa SPRINGORA

Cinq ans après la parution du Consentement, Vanessa Springora revient avec un roman tout aussi personnel. Car l'histoire qu'il narre commence justement en pleine promotion de son premier roman, moment compliqué au regard du sujet qu'elle abordait (l'emprise du romancier Gabriel Matzneff alors qu'elle n'était qu'une jeune adolescente).
Un coup de téléphone lui annonce la mort de son père avec qui elle avait coupé quasiment tout contact depuis de nombreuses années. La police lui demande de venir reconnaître le corps car il est décédé chez lui, seul et depuis plusieurs jours.
Comme il faut libérer l'appartement qu'il habitait d'abord avec sa mère, puis seul depuis la mort de celle-ci, l'autrice s'arme de courage et d'autant de sacs poubelle pour vider le taudis que le petit deux-pièces était devenu.
Les découvertes qu'elle va faire vont bousculer le peu de certitudes qu'elle avait sur cet homme. Des photos porno d'hommes, son père était-il homosexuel? Et puis une photo qui est pour l'autrice, un véritable électrochoc : celle de son grand-père, en 1944, qui arbore une tenue d'escrime portant à l'épaule un symbole nazi. « J'ai l'impression d'être entrée dans une dimension parallèle, de m'être perdue dans une fête foraine lugubre... » écrit Vanessa Springora en entamant son enquête sur ses origines familiales cachées. De qui est-elle la fille et la petite-fille? D'où vient ce patronyme de Springora qui est particulièrement rare?
Tout commence en Tchécoslovaquie, pays disparu aujourd'hui, pays découpé, que les guerres ont particulièrement bouleversé d'où est originaire Josef ce grand-père dont le portrait a bouleversé l'autrice qui se souvient pourtant de la douceur de cet homme quand elle était enfant, des rudiments de tchèque qu'il avait voulu lui inculquer. Un homme présenté comme un héros, un réfugié tchécoslovaque ayant déserté la Wehrmacht, arrivé en France pour fuir le stalinisme
Ce récit-enquête mêle la grande et la petite histoire et Vanessa Springora excelle à rappeler l'ineptie du nazisme avec un humour qui semble vouloir allèger le sujet auquel elle s'atèle. Sujet qui va bien plus loin que la seule histoire de sa famille, c'est aussi une histoire de non-dits, de filiation et de réflexions sur la transmission du patronyme. Réflexion qui renvoit aux fantômes de l'Histoire qui, malheureusement, façonnent encore notre présent et éclaire les liens entre patriarcat et fascisme.
Le Livre de poche - 9.20 euros
Format poche paru le 7 janvier 2026
Lu et conseillé par Valérie
Madelaine avant l'aube - Sandrine COLLETTE

Un lieu en lisière d'une forêt. Un hameau, quelques habitations, pauvres fermettes qui subsistent tant bien que mal et quelques âmes que la vie rudoie.
Le décor du nouveau roman de Sandrine Collette est planté : une campagne ingrate au climat difficile, un propriétaire terrien invisible mais craint... sommes-nous au Moyen-âge ou une catastrophe a t-elle eu lieu et la population serait-elle contrainte à une nouvelle servitude?
Toujours est-il qu'aux Montées, deux sœurs jumelles que le destin n'a pas pourvues de la même façon, recueillent et apprivoisent une petite sauvageonne qui a survécu dans la forêt. D'où vient-elle, comment s'est-elle débrouillée jusque là? Personne n'a de réponse mais elle semble s'intégrer à la vie que mènent les enfants. Elle cause peu, travaille fort, n'exige pas grand-chose. Cependant une petite flamme vacille dans ses yeux : elle refuse les tâches qui incombent aux filles, elle se rebelle contre l'ordre des choses, cet ordre que la force des habitudes a imposé comme une règle que personne n'ose transgresser. Et quand la famine écrase les volontés, Madelaine résiste, observe. Et comme le malheur est agrippé aux murs des maisons et aux chevilles des femmes, il frappe, aveuglément : une petite fille peut-elle se dresser contre la fatalité ?
Avec quelles armes combat-on l'injustice des hommes ?
Le Livre de Poche – 8.40 euros
Format poche paru le 2 janvier 2026
Lu et conseillé par Valérie
Littérature étrangère
Le Déluge - Stephen MARKLEY

Le Déluge est un livre qui fait peur. Non pas qu'il s'agisse d'un roman d'horreur à proprement parler mais son contenu est bien terrifiant. Depuis sa parution en 2023, la réalité a rejoint la fiction : dérèglement climatique, méga-feux, IA, gestion de l'eau et derrière tout cela, l'humanité qui suffoque et court à sa perte, en laissant derrière elle des réfugiés de plus en plus nombreux. On y croise, entre autres, un scientifique menacé, une militante écologiste, une publicitaire, un conseiller politique visionnaire.
Le récit débute en 2014, se déroule sur une vingtaine d'années et nous invite à nous projeter jusqu'en 2040. Il y sera question de doutes, d'espoirs. L'intrigue démarre aux États-Unis mais son propos est sinistrement universel.
On ressort de ce roman de plus de mille pages comme suffoqué devant l'ampleur des événements qui nous attendent si une réfléxion et une action ne sont pas entreprises au niveau international.
En vue de la mise en place d'un gouvernement mondial ?
Le Livre de Poche - 15.90 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Format poche à paraître le 16 septembre 2026
Lu et conseillé par David
Une tombe pour deux - Ron RASH

Jacob Hampton est issu d'une famille aisée de Caroline du Nord. En ce début des années 1950, c'est la guerre de Corée qui occupe les velléités bellicistes de l'Amérique et tout comme des centaines de milliers de ses contemporains, il est contraint et forcé de s'engager et d'aller se battre. Au drame de l’enrôlement, s'ajoute le fait que Jacob va être père, sa compagne Naomi, fille d'un modeste paysan, attend un heureux évènement. Mais ce n'est pas Jacob qui va accompagner les derniers moments de sa grossesse. C'est Blackburn, jeune croque mort handicapé et défiguré par la polio, qui aidera Naomi et s'assurera que tout se passe au mieux pour elle. Un pacte de sang uni les deux hommes et Jacob ne peut encore imaginer que c'est sa propre famille, ne pouvant supporter le déclassement supposé de son union avec Naomi, qui va délibérément manipuler la réalité pour la faire correspondre à son idéal : protéger les intérêts de la famille et ce quel qu’en soit le prix.
Ron Rash nous revient avec un roman shakespearien, avec le thème de l'amour impossible décidé par une famille opposée à tout compromis.
Folio - Traduit de l'ANGLAIS (ETATS-UNIS)
Format poche à paraître le 10 septembre 2026
Lu et conseillé par David
La Morelle noire - Teresa MOURE

Quel est le point commun entre la Reine Christine de Suède, une « sorcière » érudite hollandaise nommée Hélène et René Descartes ?
Ce roman nous apporte une réponse surprenante : la construction d'une hypothétique langue universelle. Un tel langage permettrait à chaque individu de se comprendre et éviterait bien des guerres.
Beaucoup de philosophes, hommes, se sont essayés à l'exercice, chacun supposant la prédominance de sa langue maternelle (Bacon, Leibniz...).
Mais où sont les voix des femmes dans cette histoire ? Qui se souvient que la reine Christine de Suède a abdiqué car elle refusait l'injonction de maternité qu'imposait la société ? Qui se souvient que Descartes a eu une fille avec une soi-disant servante qui pourtant avait des lettres puisqu'une correspondance a été établie ?
Teresa Moure contribue à réparer une injustice historique en redonnant la place à celles qui nous ont fait naître. Que serait le monde d'aujourd'hui si elles avaient été écoutées, si leurs savoirs n'avaient pas été brûlés, effacés dans les bûchers, si on les avait tout simplement laissées parler ? Les hommes ont-ils eu peur qu'elles leur fassent de l'ombre ?
Si le roman commence comme un récit historique, on est rapidement fasciné par l'inventivité de l'autrice qui mêle les histoires intimes aux croyances et remèdes de l'époque. Un humour subtil, comme un clin d'oeil aux lecteurs-trices, souligne l'absurdité des propos tenus contre les femmes qui ne sont pas des victimes mais des guerrières. La sororité n'est pas un vain mot même si elle n'est jamais nommée. Si elles perdent certains combats, leur empathie, leur amour pour l'être humain, traversent les âges et les générations. Et c'est avec Inès Andrade, jeune étudiante élevée par sa mère et ses tantes dans un esprit de rébellion contre l'ordre patriarcal établi, que se clôt ce roman qu'on lit d'une traite.
La pensée de Descartes disant qu'il faudrait "se rendre maître et possesseur de la nature" ne pourra advenir : les femmes, bien qu'assignées aux tâches domestiques, ont fait de ce lieu d'enfermement, un espace d'apprentissage et de transmission.
Et 300 ans après, leurs murmures viennent chatouiller les oreilles de celles qui savent écouter.
La Contre Allée, coll. La Sente - 13.50 euros | Traduit de l'espagnol
Format poche paru le 5 juin 2026
Lu et conseillé par Valérie
Les Sirènes - Emilia HART

Australie, 2019. Lucy, étudiante en journalisme, n'a qu'un endroit où se réfugier quand elle se retrouve victime puis coupable d'évènements violents sur le campus de l'université: elle va se rendre chez sa soeur, elle seule pourra l'aider et la comprendre. Jess vit au bord de l'océan dans une maison délabrée qui semble convenir à son âme d'artiste. Mais quand Lucy arrive, Jess semble s'être volatilisée.Que se passe-t-il dans cette ville? Depuis des années, des hommes disparaissent mystérieusement, un bébé a été trouvé dans une grotte. Il paraît que des voix féminines chantent quand les vagues s'écrasent contre la falaise.
Lucy va devoir faire confiance à son instinct et à ses rêves, apprendre à écouter les échos du passé d'un pays colonisé dans la violence.
Irlande, 1800. Un bateau, chargé de 80 prisonnières, part pour l'Australie et ses bagnes; à son bord, Mary et Eliza, deux soeurs condamnées pour avoir blessé un homme.
Deux époques, quatre femmes liées par le sang et par un secret, un roman d'une folle inventivité qui vous envoûte dès les premières pages.
Pocket - 9.90 euros | Traduit de l'anglais (Australie)
Format poche paru le 16 avril 2026
Lu et conseillé par Valérie
Le livre des portes - Gareth BROWN

Quand on aime les livres, on sait qu'ils ouvrent des portes, des portes imaginaires, mais quelle serait votre réaction si un livre ouvrait de véritables portes? S'il pouvait, en le tenant dans une main et en ouvrant n'importe quelle vraie porte (celle de votre cuisine par exemple), vous propulser dans votre restaurant préféré ou dans un café à l'autre bout du monde ?
C'est ce qui arrive à Cassie Andrews : un vieux client de la librairie dans laquelle elle travaille, lui fait un jour cadeau d'un livre, Le Livre des Portes, rempli d'inscriptions et détenant ce pouvoir incroyable de faire voyager dans l'espace mais également dans le temps. Une aubaine pour la jeune femme nostalgique de ses voyages en Europe.
Mais elle remarque très vite qu'elle et sa meilleure amie, sont suivies : elles vont faire la connaissance de Drummond Fox qui leur apprend qu'il existe d'autres livres aux pouvoirs variés (Chance, Douleur, Illusions). Des pouvoirs qui, s'ils tombent entre de mauvaises mains, pourraient avoir des répercussions terribles. Et, bien sûr, de tels objets attisent les convoitises et les collectionneurs sont prêts à tout pour mettre la main sur de tels ouvrages. Une course contre la montre s'engage pour récupérer le maximum de livres et les placer en sécurité dans une bibliothèque secrète.
Si le scénario semble au départ un peu facile, l'histoire prend rapidement une tournure plus complexe : quête initiatique, lutte contre les forces du mal et personnages attachants, tous les ingrédients sont réunis pour une lecture addictive.
Pocket - 10.90 euros | Traduit de l'anglais (Écosse)
Format poche paru le 2 avril 2026
Lu et conseillé par Valérie
Bien-être - Nathan HILL

Tout débute d’une manière des plus que classique : deux jeunes étudiants se rencontrent. Issus de milieux différents, ils habitent l’un en face de l’autre dans le Chicago un peu bohème/rock’n roll des années 90 et un jour le miracle s’accomplit. Elle, Elizabeth, famille de riches industriels, est inscrite dans plusieurs cursus, puisqu’avant tout elle recherche l’excellence, dans tous les domaines. Partout. Toujours. Lui Jack, famille de fermier du Kansas, est inscrit dans une formation d’art. Sa spécialité : des photos polaroids auxquelles il essaie de donner « une puissance artistique ».
A cette époque, tout est neuf, tout est beau, tout est encore possible. La pragmatique Elizabeth et le rêveur Jack ne peuvent qu’envisager un avenir radieux. Bon dans le temps. Vingt ans plus tard, Elizabeth et Jack toujours, mais aussi un petit Toby qui a vu le jour entre temps et un monde qui a beaucoup changé.
L’apparition des réseaux sociaux, la gentrification des grandes villes, les conditions matérielles devenues plus sereines, une sorte d’embourgeoisement finalement, loin des aspirations de leurs années d’étudiants. Mais après tout, n’est ce pas le cours naturel de la vie ? Elizabeth est à présent dans une entreprise, la bien nommée clinique du Bien-être dont la mission est d’ « aider les gens à aller mieux » et quel que soit le sujet et les moyens employés pour y parvenir (quitte à un très grand recours à l’effet Placebo ?). Jack se contente lui d’enchainer les postes de vacataires dans le même établissement scolaire où il « enseigne » l’art. Surtout ne pas sortir de sa sacrosainte zone de confort. Il serait tout de même temps de penser encrer toute cette merveilleuse vie, et « une maison pour la vie », un projet immobilier ambitieux, dans un quartier porteur, est très certainement l’affaire à ne pas rater. Problème : dans la conception de l’appartement, les deux tourtereaux, ayant quelques plombs dans l’aile, ne parviennent à s’entendre sur 99% de l’agencement du nouvel appartement. Ennuyeux. Et il faut alors bien se résoudre à l’évidence : le couple Elizabeth/Jack est en pleine zone de turbulence et sa survie ne tient qu’à un fil.
« Bien-être » c’est donc un roman dont le thème ultra-classique du couple au bord de la rupture a déjà été exploré, notamment en littérature américaine et on pense forcément à Jay McInerney. Nahan Hill parvient à lui redonner un second souffle, en ne mettant pas en avant uniquement l’opulence matérielle (l’aboutissement de l’american way of life) pour expliquer la sorte de dégout qui vient dégrader la vie du couple. Au-delà de la classe sociale, qui a malgré tout une importance, c’est surtout du côté obscur, celui de l’enfance, des secrets, des zones sombres, que l’auteur va puiser pour nous faire comprendre les causes de la situation périlleuse que rencontre le couple de quadragénaires.
Il a surtout le talent de permettre à son texte de nous faire sourire, voire rire, pendant les deux tiers de son roman (les passages sur les repas du petit Toby, les explications du fonctionnement des algorithmes de Facebook et beaucoup d’autres que l’on ne peut dévoiler, sont assez remarquables en ce sens) puis basculer lors du dernier tiers, et prendre une direction, un ton et une envergure beaucoup plus sérieuse et bouleversante.
Une lecture plus que plaisante avec des personnages ayant une réelle charpente (bien qu’assez fragilisée) qui va nous faire réfléchir sur le paraître en société, la façon dont chacun est à même d’appliquer une couche de vernis pour masquer les craquelures, voire les failles profondes, qui constituent pourtant aussi la personnalité et le comportement vis-à-vis de l’autre.
Un roman à la fois distrayant, surprenant et poignant. Un des coups de cœurs de la rentrée littéraire 2024 à coup sûr.
Folio - 12 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Format poche paru le 2 avril 2026
Lu et conseillé par David
L’œil de Goliath – Diego MUZZIO

Le roman débute dans les années 1920, du côté d’Edimbourg, dans une structure de soins psychologiques. Le responsable Pierce, un rescapé de la Grande Guerre dont il est revenu blessé, développe de nouvelles techniques de traitement et s’apprête à accueillir un nouveau patient. Accompagné par un proche, Stevenson, c’est l’ingénieur Bradley qui va lui être confié. Ce dernier vient de connaître une expérience particulièrement éprouvante dans un phare, « L’œil de Goliath » situé à cent quinze milles nautiques à l’est d’Ushuaia, en Argentine. Erigé sur un rocher inhospitalier, Bradley avait été chargé de réaliser un inventaire de l’état de l’édifice après la disparition (supposée ?) de son gardien. A partir de là, c’est par le biais de son journal que Pierce va pouvoir se faire une idée sur ce qu’à du traverser Bradley lors de sa mission. Et à la lecture de ce dernier, nous allons vite découvrir que cette dernière n’a pas été de tout repos. Preuve s’il en est, depuis son retour, Bradley ne peut s’exprimer que d’une seule manière : en mimant la nage…
L’œil de Goliath est un brillant hommage aux romans à l’ancienne, ceux dans lequel l’atmosphère générale, le cadre, la description des lieux est aussi voire plus importante que les supposées horreurs. Au-delà de l’isolement et de ses effets sur la santé mentale (pour peu qu’il s’accompagne de phénomènes « étranges »), c’est aussi les conséquences de la guerre, aussi bien physiques que psychiques, qui sont évoquées. Et puis il est aussi un personnage primordial dans cette histoire : Le Phare. De sa situation géographique, de par ses « habitants » actuels ou passés, de par son impact sur Bradley, il est à se demander s’il ne serait pas finalement le personnage principal de cette histoire horrifique !
L’auteur argentin Diego Muzzio rend donc hommage aux grands auteurs du genre (Lovecraft ou Stevenson), en faisant naviguer habilement son histoire dans les domaines mystérieux du fantastique, de la métaphysique et surtout du psychologique.
Libretto – 9.20 euros | Traduit de l'espagnol (Argentine)
Format poche paru le 12 mars 2026
Lu et conseillé par David
Toutes les nuances de la nuit - Chris WHITAKER

Depuis toujours Patch se prend pour un pirate ; ce jeune garçon, borgne, se plait à arborer des cache-œil en fonction de ses humeurs, résolument aventurières (il aime par exemple chaparder et commettre de menus larcins). Sa meilleure amie s’appelle Saint, une jeune fille qui aime les abeilles et la musique. Adolescents dans les années 70, un peu en marge tout de même des enfants populaires de leur école, ils vivent l’existence classique de petit américain, dans une communauté tranquille nommée Monta Clare. Un médecin serviable, un shérif qui n’est pas débordé, et pourtant tout va changer lorsque Patch va disparaître sans laisser de trace et que des découverts macabres vont venir assombrir le quotidien de la petite ville sans histoire, au point d’en faire la une des journaux nationaux. Saint ne va pas s’en laisser compter et tout tenter pour retrouver son seul ami, et cela même si tous les autres semblent avoir abandonnée l’idée de le retrouver.
Voici un solide roman de plus de 800 pages publié par les éditions Sonatine du jeune auteur anglais Chris Whitaker. Ce dernier maîtrise l’art d’enfermer le lecteur dans une histoire qui s’étale pourtant sur une trentaine d’années, sans le perdre en route. Les personnages sont habités, charpentés pour tenir le rythme sur le long terme. Les chapitres courts et nerveux (il y en a plus de 260 !) donnent une dynamique de lecture soutenue.
Au cœur de son livre, il sera question de courage, d’amitié indestructible, d’abnégation, de persévérance mais aussi d’une certaine forme de dévouement extrême dont feront preuve plusieurs personnages de l’intrigue. L’auteur a su créer de beaux moments de partage, de traiter avec tact et sensibilité les rapports familiaux qui se nouent naturellement (la relation de Patch avec sa mère « dépassée » et de Saint avec sa grand-mère aimante) et de ceux qui se créent avec d’autres personnes extérieurs au cercle intime (le personnage de Sammy, un galeriste haut en couleurs pour Patch et Nix le shérif taciturne du côté de Saint).
Il serait dommage de se laisser intimider par la densité du roman : ce dernier est particulièrement entraînant, passionnant du fait des rebondissement d’une intrigue bien ficelée. Les centaines de pages s’enchainent facilement avec le plaisir de se retrouver au cœur d’une histoire qui tient la route jusqu’à la dernière page.
Pocket– 12,10 euros | Traduit de l'ANGLAIS (Angleterre)
Format poche paru le 12 mars 2026
Lu et conseillé par David
Long Island - Colm TÓIBIN

Après l'excellent Le Magicien, biographie de Thomas Mann, l'auteur irlandais Colm Toibin nous entraîne au début de son nouveau roman de l'autre côté de l'Atlantique, et plus précisement à Long Island.
On y retrouve le personnage d'Eilis Lacey que l'on avait pu croiser dans son roman "Brooklyn"(qui reparaîtra en poche au moment de la sortie de Long Island), une femme mariée, mère de deux enfants bientôt adultes, qui va être mise devant le fait accompli lorsqu'elle va apprendre que Tony, son mari, a été quelque peu volage et qu'il attend un enfant de sa maîtresse. La mère faisant du chantage à l'abandon, il faut que cet enfant soit recueilli et élevé par son père, coûte que coûte, décide d'un commun accord la famille irlandaise (enfin surtout la belle famille omniprésente). Sauf qu'Eilis ne le veut pas. Et sa décision est tellement irrévocable qu'elle est prête à retourner dans son pays natal...ce qu'elle va faire à la stupéfaction de tous.
Sur place, elle va retrouver sa ville irlandaise et surtout Jim Farrell qui est resté tel qu’il était vingt ans plus tôt, pendant l’été qu’Eilis et lui avaient passé ensemble, bien qu’elle fût déjà secrètement fiancée à Tony. La blessure du départ d’Eilis est toujours vive mais son retour ravive cet amour de jeunesse...
Un roman totalement différent du précédent titre de l'auteur mais dont l'histoire solide s'avère plaisante, avec un personnage d'Eilis qui synthétise celui d'une femme forte, décidée à ne pas se faire imposer un choix qui n'est pas le sien, capable de tout remettre en question.
Le Livre de Poche - 9.40 euros | Traduit de l'anglais (Irlande)
Format poche paru le 28 janvier 2026
Lu et conseillé par David
Source de chaleur - Soichi KAWAGOE

Les Aïnous font partie des trois peuples autochtones (avec les Oroks et les Gilyaks) de l'île de Sakhaline. Ce sont avant tout des chasseurs cueilleurs, proches de la nature comme toute humanité qui souhaite survivre dans son milieu naturel de manière autonome.
Hors, ce peuple comme tant d'autres, a vu son destin croiser tour à tour les Russes et les Japonais, deux nations qui ont occupé l'île et bien entendu cherché à imposer leur mode de vie et de civilisation.
Source de chaleur parle donc d'autochtones qui de la fin du XIXème siècle jusqu'à la seconde guerre mondiale, voient leur île tour à tour occupée par les deux nations ennemies.
En parallèle, à des miliers de kilomètres de Sakhaline, Bronislaw Pilsudki va être contraint de force à venir s'installer sur l'île, du fait de sa participation à un coup d'étât visant à faire tomber le Tsar Russe. Il va se prendre d'une réelle passion pour la culture Aïnous et se nouer d'amité avec Yayomanekh, un jeune homme qui a quitté le Japon pour revenir sur la terre de ses ancêtres.
Ce livre de l'auteur Soichi Kawagoe donne l'occasion de découvrir un peuple autochtone méconnu et pourtant toujours présent sur son territoire (on en compte encore entre 20 000 et 200 000 personnes) et les difficultés pour conserver son histoire, ses rites et ses coutumes.
10/18 - 10.40 euros | Traduit du japonais
Format poche paru le 22 janvier 2026
Lu et conseillé par David
Les terres indomptées - Lauren GROFF

Attention : le froid et la faim n'auront littéralement plus de secrets pour vous après la lecture de ce roman.
L'autrice nous entraîne à la suite d'une jeune fille, échappée d'une colonie anglaise dans un territoire qui deviendra les États-Unis ; nous sommes au tout début du XVIIème siècle. Dans sa course pour fuir un éventuel poursuivant, nous sommes au cœur de ses pensées et de son monologue intérieur : le bébé dont elle avait la garde alors qu'elle même n'est à peine plus qu'une enfant est mort dans ses bras, de faim et/ou de maladie comme la quasi totalité des colons venus s'installer sur une terre qu'on leur a promise pleine de richesses mais qui s'avère ingrate et que les autochtones défendent violemment.
Pour cette jeune fille, enfant trouvée dont le nom a varié en fonction de son âge et de l'intérêt que lui portait sa maîtresse, cette fuite est une rébellion, une désobéissance salvatrice. Les épreuves qu'elle va devoir traverser sont inimaginables tant la nature, qui plus est en hiver, ne donne que peu de répit aux êtres humains. Apprendre à se débrouiller, à se nourrir, à ne pas mourir de froid, à échapper aux prédateurs, à éviter tout contact avec les hommes, chaque étape, chaque sensation est décrite avec une poésie remarquable même dans les situations les plus cauchemardesques. Le corps devient le seul bien à sauvegarder et chaque « succès » une victoire sur la mort.
Roman d'aventures, fabuleux récit à la limite de l'hallucination d'une survivante ce texte est également une magnifique ode à la beauté sauvage d'une nature à jamais perdue. Haletant, captivant et sans pitié.
Points – 8.95 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Format poche paru le 16 janvier 2026
Lu et conseillé par Valérie
Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques - Iain LEVISON

Voici un titre à rallonge intriguant pour un roman dont le sujet peut paraître léger mais qui s’avère beaucoup plus sagace et malin qu’il n’y paraît.
Des stripteaseuses, Justin Sykes, avocat commis d’office dans le nord-est des Etats-Unis, va être amené à en côtoyer alors que rien ne présageait que cette collusion ait lieu. Habitué aux affaires sordides, sur fond d’alcoolisme et de menus larcins, il est familiarisé avec la justice de bas étage, après avoir pourtant tutoyé les sommets comme nous l’apprendrons au cours du récit.
Quoiqu’il en soit, son quotidien à présent, ce sont donc des affaires par dizaines pour des prévenus qui n’ont pas les moyens de s’offrir les services d’un avocat et consiste à trouver des compromis avec les procureurs et les juges, évitant au maximum les procès chronophages.
Justin a tout de même une certaine opiniâtreté dans le traitement de ses dossiers et il ne va pas céder lorsque Dick Farrell, un procureur adjoint, va vouloir faire du zèle en cherchant à condamner de manière disproportionnée un individu qui a eu maille à partir avec la police.
Il est vrai qu’il est toujours bon de savoir brosser dans le sens du poil les policiers en période d’élection.
Mais Justin ne veut rien lâcher : de quoi bien l’occuper et cela sans compter une proposition qu’il ne va pouvoir refuser. Un homme va se mettre en contact avec lui pour lui faire une offre surprenante : tenir une sorte de permanence pendant une heure par semaine dans un club de striptease pour que les salariées puissent le solliciter pour leurs problèmes juridiques ; prestation rémunérée 1000 dollars en cash, sous réserve d’accepter de rester la nuit qui suit dans le motel jouxtant le club. Surprenant, non ? Réponse : surprenant, oui ! Et dangereux peut être…
Le dernier roman de Iain Levison aborde le milieu de la justice américaine de manière ironique et sévère : les petits arrangements, les décisions expéditives, les juges dont l’état psychique l’emporte sur le capacité d’analyse des faits, les structures d’aide croûlant sous les dossiers qui, en attente de jugement, viennent engorger les prisons, et avec tout cela les magouilles et affaires criminelles qui peuvent continuer de manière sereine, tout ceci sous la forme d’un grand show fait de business sur fond de carriérisme forcené.
Une lecture des plus plaisante avec une histoire bien ficelée et des personnages charismatiques, teintée d’humour et d’un certain désenchantement. Du bon roman, satisfaisant comme une lap dance bien exécutée !
Éditions Liana Levi, coll. Piccolo | Traduit de l'anglais (Écosse)
Format poche paru le 15 janvier 2026 – 11 euros
Lu et conseillé par David
La Règle du crime - Colson WHITEHEAD

Après le Harlem des années 60 entrevu dans le bien nommé "Harlem Shuffle", nous voici au début des années 70 de nouveau en compagnie de Ray Carney, le vendeur de meubles un peu voyou que l’on pensait « rangé des voitures ». Après s’être fait entrainer par son cousin dans des affaires qu'on qualifiera de "compliquées", il avait, pouvait-on penser, eu suffisament sa dose d'ennuis et décidé de passer à autre chose, ayant de plus atteint une aisance financière lui ayant permis d’investir dans l’immobilier et de vivre plus que correctement. Seulement, Carney va retomber dans ses travers, et ce pour un motif pourtant des plus louables : obtenir des places pour sa fille afin qu’elle puisse assister au concert d’un nouveau groupe qui aura très certainement un bel avenir : les Jackson Five ! Il va donc renouer avec son passé et faire appel à un de ses contacts faisant lui même partie d'un des secteurs les plus touchés par le banditisme : la police de la ville ! Et malgré toutes ses bonne intentions, Carney va replonger dans les magouilles, se mettant de nouveau (très) en danger.
Découpé en trois parties, le roman de Colson Whitehead nous propose un titre, mi polar classique, mi satire sociale, avec cette ville de New York qui paraît si nocive et corrompue jusqu’à la moelle, sur fond d’émancipation des noirs et de velléités d’émancipation sociale et de révolution culturelle. Il est bien difficile de trouver un personnage qui ne soit pas touché par la corruption, le vice ou la veulerie, que ce soit au sein de la police, du monde du cinéma ou des organisations liées au « Black Power ».
Colson Whitehead rejoint donc Chester Himes dans l’écriture sur Harlem et on ne peut que conseiller en parallèle la lecture des romans de ce dernier, aux noms délicieux tels que « La reine des pommes » ou « Il pleut des coups durs ».
Le Livre de Poche | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Format poche paru le 2 janvier 2026
Lu et conseillé par David
Policier et Thriller
Python - Sébastien GENDRON

Constance va voir sa vie bouleversée. Tout d'abord, elle va assister à un accident mortel et va devoir « gérer » le fautif et surtout la victime puis son existence va complètement lui échapper. Elle qui rêvait de partir loin, un peu paumée dans sa vie, va voir ses plans remis en question lorsque tout va se déliter : le quotidien avec son conjoint, les relations déjà compliquées avec son fils et encore plus avec son voisinage. Et pour couronner le tout, un mystérieux nouvel arrivant, Lucas, qui va malheureusement pour elle, tomber éperdument amoureux d'elle...pour le pire.
Présenté comme cela, le titre de Sébastien Gendron ressemble à des millions d'autres sauf que...le sien est drôle! Le personnage bien névrosé de Constance n'a rien à envier à celui de Lucas et la quirielle de voisins tous plus hypocrites et sournois les uns que les autres. Il va aussi être question d'un python (d'où le titre) qui viendra régulièrement tourmenter les habitants de la petite localité, généralement lors de leur passage aux toilettes...
Un roman noir (car oui, il y a tout de même des gens qui meurent dans ce livre) mais parsemé d'humour noir et de passages dont on ne peut que se souvenir...
Pocket - 9 euros
Format poche paru le 2 avril 2026
Lu et conseillé par David
Strange pictures - UKETSU

Voici un roman atypique dans lequel de nombreux dessins sont intégrés dans la narration. Ils tiennent une place importante dans cette histoire qui débute avec un jeune étudiant se prenant de passion pour un ancien blog dans lequel le créateur expose sa vie et notamment la future naissance de son enfant.
Trois dessins notamment sont postés , paraissant tout à fait classiques pour accompagner les propos du créateur et pourtant...le dernier message du blog est le suivant : « aujourd'hui, je vais cesser d'alimenter ce blog. Pourquoi ? parceque j'ai percé le secret de ces trois dessins. Je ne pourrai jamais comprendre les souffrances que tu as endurées (...) je ne peux pas te pardonner ».
Le reste du roman est alors une succession de personnages qui vont essayer de comprendre la signification de ces dessins, mais aussi d'autres, et vont subir une histoire solide, effrayante par de nombreux aspects et surtout très intelligement menée.
Un thriller japonais étonnant et mystérieux, tout comme l'est Uketsu son auteur qui se distingue par son anonymat, apparaissant masqué lors de ses prestations publiques...
Une belle découverte pour un ouvrage qu'on lit d'une seule traite.
Points – 8,40 euros (poche) | Traduit du japonais
Format poche paru le 27 mars 2026
Lu et conseillé par David
Piège à loup - Aslak NORE

Polar historique et roman d'espionnage, Aslak Nore nous offre une histoire maîtrisée de bout en bout et explore les relations, pendant la Seconde Guerre mondiale, entre l'Allemagne nazie et la Norvège. Le norvégien Henry Storm, engagé dans la Waffen-SS sur le front de l'Est en Ukraine, en 1941, regrette son adhésion à un idéal qui lui a fait confronter les pires atrocités. Il rentre blessé à Oslo et tente de rejoindre la résistance pour laquelle la femme qu'il aime s'est engagée après son départ. A partir de là, la valse des espions, la manipulation, les mensonges, les faux semblants, mais également les carrières, les petits profits, tout se mêle à l'histoire en marche et révèle le courage des uns, l'égoïsme des autres. L'enjeu est la tentative de déjouer ou, à tout le moins, de ralentir la conception et l'utilisation d'une nouvelle arme que les allemands développent en secret sur la côte norvégienne: les fusées V2.
La galerie de personnages est fascinante, l'auteur joue avec nos nerfs et, dans un contexte géopolitique bousculé, nous entraîne dans la complexité des renseignements : espionnage, contre-espionnage, manipulations, agents doubles, alliances variables. On ne peut se fier à personne.
Roman immersif, inspiré de faits réels, Aslak Nore nous fait explorer les coulisses bien sales du régime nazi et les failles d'un système trop sûr de lui.
« Dans une guerre, rien n'est aussi efficace que la désinformation et le mensonge ».
À lire également, sur l'histoire de la Norvège :
Le prix de la victoire de Carl Marlantes (après la guerre)
Les guerriers de l'hiver d'Olivier Norek (en 1939, guerre contre la Russie)
10/18 - 9.90 euros | Traduit du norvégien
Format poche paru le 26 mars 2026
Lu et conseillé par Valérie
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Le dieu des bois - Liz MOORE

Disparition d'enfants dans les Adirondacks, au nord est de l'état de New York. C'est l'été, nous sommes en 1975, et le camp Emerson, au bord d'un lac, est l'endroit rêvé pour les enfants (de familles très aisées) pour passer quelques semaines dans la nature en compagnie de jeunes de leur âge. La réputation de ce camp n'est plus à faire et il affiche complet chaque saison et ce, pour une bonne raison: on y apprend aux ados à survivre en pleine nature, en toute sécurité, et leur séjour se termine avec une "épreuve" en groupe pour appliquer les instructions apprises avec des encadrants expérimentés. Quand Barbara disparaît quelques jours avant la fin de la colonie de vacances, l'ambiance bascule. En effet, cette disparition en rappelle une autre, quinze ans plus tôt. Et problème : il s'agit de la fille Van Laar, la famille propriétaire des lieux et dont la maison se trouve à deux du camp, qui ont également perdu un fils dans des circonstances non élucidées jusqu'à ce jour. Les deux affaires semblent se faire écho et la tension monte graduellement au fur et à mesure des détails et fausses pistes dont l'autrice parsème son roman.
Liz Moore nous balade entre les époques, variant les points de vue et empilant les témoignages et les portraits de personnages. Loin de nous perdre (malgré l'épaisseur du livre), elle nous happe et nous entraîne au cœur de cette nature inquiétante car au camp, la première règle apprise et répétée mille fois est : « si vous vous perdez, asseyez-vous et criez ».
Dans ce contexte, une jeune inspectrice, sous l'oeil goguenard de ses collègues masculins, va faire ses premières armes.
Bref, c'est tellement addictif, que vous aurez l'impression d'avoir passé vos vacances dans ce camp.
J'ai Lu – 9,90 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Format poche paru le 4 mars 2026
Lu et conseillé par Valérie
Hollywood s'en va en guerre - Olivier BARDE-CABUÇON

Amoureux du cinéma noir et blanc et des stars d'Hollywood, ce polar est pour vous !
En septembre 1941, les États-Unis de Roosevelt, gagnés par le mouvement isolationniste et antisémite America First, freinent des quatre fers à l'idée de l'intervention des américains dans le conflit européen, bien que le président, lui, y soit très favorable. Ainsi que beaucoup des vedettes de l'époque comme on va le voir dans ce roman. En commençant par tourner des films dénonçant le nazisme et ses horribles conséquences. Mais, Lala, l'actrice principale du prochain film tourné en faveur de la guerre, est victime d'un chantage : si cela se sait, la formidable machine de propagande cinématographique qu'est Hollywood pourrait se voir disqualifiée.
C'est là qu'intervient Vicky Mallone, détective privée, au physique avantageux, au verbe haut et à l'assurance qui se mesure au nombre de cocktails qu'elle déguste régulièrement (et attention, la recette doit être respectée!). Avec l'aide d'Arkel,vieux fédéral bougon et d'Errol Flynn en personne (quand il est sobre!), elle va devoir démêler l'écheveau d'intrigues, de manipulations, d'intérêts qu'ils soient politiques ou économiques et se fier à son instinct et à sa formidable capacité de déduction pour déjouer, tout en finesse (« Mon colt 45 est chambré en une munition de fort calibre, du genre qui évite au gus qui la reçoit d'avoir à se relever pour vous remercier de votre attention »).
Avec ce polar astucieux truffé de références historiques et cinématographiques, Olivier Barde-Cabuçon nous entraîne dans une enquête entre stars et nazis.
Folio - 9.20 euros
Format poche paru le 18 avril 2024
Lu et conseillé par Valérie
Science-fiction
Un jeu sans fin - Richard POWERS

La petite île de Makatea située en Polynésie française, est l’objet de toutes les convoitises, et son maire doit gérer une proposition particulière qui le met fortement dans l’embarras : l’installation d’une ville flottante, une prouesse technologique qui peut redorer le blason d’un site qui a connu de grandes heures lorsque le phosphate en était extrait. Mais depuis, l’ile est seulement habitée par une centaine de personnes et c’est par le biais d’un référendum que la population va devoir s’exprimer afin de savoir si son nombre va repartir à la hausse, ses infrastructures renaître et les dollars affluer. Mais aussi peser le pour et le contre sur l’impact non négligeable qu’aura le projet sur l’environnement (après que l’île ait déjà été fortement impactée (dévastée) par l’exploitation minière, sans parler des effets (nocifs) sur la santé des insulaires).
En parallèle, Todd Keane, un riche magnat de l’informatique, riche de millions de dollars raconte à sa plus proche compagne ce qu’a été sa vie et notamment ses jeunes années, avant de sauter dans le train en or de l’informatique, de l’internet et de sa future réussite. Une période où il côtoyait Rafi, un jeune noir issu d’une famille marquée par le destin et qui ne vivait lui que pour exceller, dans l’écriture et la poésie notamment. Tout d’eux s’adonnaient à l’époque aux jeux et notamment au Go, que l’on peut considérer comme une philosophie, tant les combinaisons et les stratégies dépassent l’entendement…au point de ne pas pouvoir être maîtrisé par un programme informatique ?
Enfin, il y a Evelyne Beaulieu qui, petite fille, a côtoyé le commandant Cousteau, expérimenté la plongée et qui depuis n’a pu vivre très loin de l’océan très longtemps. Une vie consacrée à l’étude, mais aussi à la contemplation d’un monde sous-marin riche de variété d’espèces et de coraux que l’intelligence humaine ne peut à peine envisager. Mais qui parvient tout même très bien à détruire…une vie de femme scientifique a une époque où il n’est pas bien vu de l’être, une vie qui nécessite aussi des sacrifices et dont sa famille a du faire l’expérimentation.
Après l’excellent Sidération qui abordait les traitements médicaux alternatifs, Richard Powers aborde dans son nouveau roman la situation cataclysmique de la planète et notamment de ses océans. Il s’intéresse également à l’impact de plus en plus important de l’informatique dans nos vies et de son effet non dénué de risque pour l’avenir de l’humanité. Cette humanité qu’il expose comme sous un microscope par le biais des relations amicales, amoureuses, sur fond de rivalité, de rancœurs qui peuplent son roman, peut être comme une métaphore sur la capacité de l’homme à vraiment exceller quand il est question de destruction…
10/18 – 9.50 euros | Traduit de l'anglais (États-Unis)
Format poche paru le 4 juin 2026
Lu et conseillé par David
Fragile/s - Nicolas MARTIN

L’action de Fragile/s se déroule en France dans quelques années. Le pays est dirigé par un président dont le parti « Néopatriotes » est parvenu au pouvoir et a quelque peu durcies les conditions de vie de la nation : bien entendu l’immigration est fortement encadrée et traquée, la répression de toute résistance ou insoumission fait loi, le droit à l’avortement a été révoqué alors que la peine de mort est de nouveau passible. C’est dans ce contexte anxiogène que Typhaine et son compagnon Gauthier attendent un heureux évènement. Après un premier enfant, une fille prénommé Madeleine qui est touchée par le syndrome de l’X fragile (une caractéristique génétique qui est devenue la norme et qui entraîne toute sorte d’handicaps et retards de développement), ils ont pu profiter de la proximité de Gauhier avec le pouvoir en place pour obtenir le droit de bénéficier d’un programme nataliste réservé à seulement mille cinq cents privilégiés. Ils sont ainsi certains d’avoir un enfant « sain », une approche plus qu’eugéniste visant à assurer l’avenir de la nation et son rayonnement mondial. Rappelant les heures les plus sombres de l’histoire, le couple va affronter une crise qui est souvent promises aux apprentis sorciers…
Nicolas Martin a animé pendant des années l’émission radiophonique « La méthode scientifique » sur France Culture et son roman s’appuie donc sur des bases solides pour nous embarquer dans une histoire crédible et plausible. C’est donc le plus souvent sous la plume de Typhaine, qui tient un journal intime à l’ancienne (avec ratures et hésitations conservées, l’utilisation de l’informatique n’étant plus suffisamment sécurisée), que nous cheminerons dans un monde et une société dont nous ne sommes peut-être plus si éloignés. Les conditions de vie dans cette France alternative sont en tout cas assez effrayantes de par la remise en cause des libertés et avancées fondamentales, tout en se servant de la science pour conforter des comportements et cheminement intellectuels nauséabonds.
Un jeu des plus dangereux lorsque les dictateurs et savants fous prennent le pouvoir et un premier roman à la fois interpellant et inquiétant tant les trajectoires scientifiques, politiques et sociétales paraissent vraisemblables.
Le Livre de Poche - 9.70 euros
Format poche paru le 2 septembre 2026
Lu et conseillé par David





